Entretien avec Jacques De Courson

dimanche 11 août 2013

Marie-Aïda Mané (MAM) : Comment en êtes-vous arrivé à la prospective ?

Jacques De Courson (JdC) : Mon goût d’engager une réflexion prospectiviste sur une ville, est né en faisant avec un de mes partenaires le raisonnement suivant : si vous ne faites rien, si vous ne prenez pas d’initiatives, si vous n’avez pas de plan, cela se passera forcément mal car vous ne serez pas acteur. Cela a été ma première prise de conscience. La seconde a été de comprendre l’importance d’un bon diagnostic de la situation, de la ville en l’occurence dans le cadre de mon métier d’urbaniste. Il s’agit pour moi du « diagnostic en marchant » car c’est en marchant que l’on voit les choses. Il existe par ailleurs des méthodes très précises pour avoir une idée assez pointue de diagnostic. Le diagnostic technique, plus quantitatif permet quant à lui d’apporter les chiffres et données factuels nécessaires à l’établissement d’un bon état des lieux. Il y a ensuite la démarche prospective elle-même qui se définit peu à peu dans le contenu en faisant ressortir les tendances.

MAM : Vous êtes aussi fondateur et administrateur de l’ONG Urbanistes du Monde, créée en 2005. Qu’est-ce qui vous a amené à créer cette organisation ?

JdC : La démarche prospective et mon métier d’urbaniste qui me passionne, m’ont poussé à me demander au moment de ma retraite : « mais finalement, qu’est-ce qui m’intéresse ? ».
La réponse tournait autour des villes des pays émergents car c’est là-bas qu’elles vont pousser le plus vite et qu’elles sont les plus nombreuses. Je me suis donc dit que j’allais travailler sur l’avenir des villes des pays du Sud.
J’ai donc fondé avec mon frère une association, devenue ensuite une ONG et qui aujourd’hui compte plus de 200 membres et 35 correspondants dans les pays émergents (Amérique Latine, Asie et Afrique).
Nous envoyons des stagiaires en urbanisme qui vont travailler sur le terrain avec nos correspondants pays. Parfois, ces derniers nous demandent un urbaniste aux compétences très particulières et là, on fait marcher le réseau pour favoriser le partage de compétences.
Mon envie était aussi que les jeunes et les moins jeunes puissent voyager, apprendre et échanger autour de ces problématiques d’urbanisme avec d’autres personnes, dans d’autres cultures.

MAM : Vous ne travaillez donc qu’avec les pays du Sud. Quel est le fonctionnement ? S’agit-il de dupliquer des modèles d’urbanisme occidentaux dans les pays du Sud ?

JdC : Pour Urbanistes du Monde, il n’est pas question d’exporter la compétence française dans les pays du Sud. Ce qui nous intéresse, c’est de repérer et d’identifier les pratiques intelligentes et de les encourager. C’est aussi d’être auprès d’eux le véhicule qui fera connaître aux pays du Nord ce que les pays émergents font de remarquablement intelligent parce qu’adapté à leurs traditions, à leurs connaissances, aux matériaux et aux besoins de leur pays.
En fin de parcours, l’idée n’est pas d’inverser la coopération Nord-Sud en Sud-Nord mais plutôt de favoriser la coopération Sud-Sud afin que des africains travaillent avec des Latino-américains et avec des asiatiques sans passer par les occidentaux.

Ce qui m’intéresse dans Urbanistes du Monde, c’est la coopération entre les acteurs de terrain, à égalité. C’est un accompagnement fructueux dans les deux sens.

MAM : Merci beaucoup d’avoir bien voulu répondre à nos questions !

Pour en savoir plus sur l’action de l’ONG Urbanistes du Monde, suivez le lien ci-après :www.urbanistesdumonde.com